Ahmed Tarqui Antezana – Lima, Pérou

Ahmed Tarqui Antezana a obtenu le diplôme du Baccalauréat International (IB) au Colegio Mayor Secundario Presidente del Perú, le premier établissement public du pays à avoir proposé le Programme du diplôme. Aujourd’hui, il étudie la mécatronique à l’Université pontificale catholique du Pérou. À l’issue de ses études, il souhaite mettre en œuvre un projet d’automatisation dans le domaine de l’agriculture et développer l’énergie solaire dans les villages du Pérou qui n’ont pas accès à l’électricité.

Ahmed

Je fais partie des 100 premiers élèves du Programme du diplôme du Colegio Mayor Secundario Presidente del Perú, à Lima, qui est lui-même le tout premier Colegio de Alto Rendimiento (établissement d’enseignement secondaire d’excellence) à avoir proposé ce programme de l’IB au Pérou. Comme cela représentait pour moi un véritable défi scolaire, j’étais très motivé. Je me suis donc fixé les objectifs les plus ambitieux que je ne m’étais jamais fixés. Nous avons été soumis à des évaluations psychologiques et tous les enseignants ont donné leur point de vue sur chaque élève. Puis ils en ont sélectionné 100 parmi les 300 candidats. L’ambiance était généralement bonne, bien que beaucoup ressentaient des sentiments contradictoires car nous venions de tous les départements et régions du Pérou : les meilleurs élèves du pays se retrouvaient ainsi réunis en un seul et même endroit. Nous vivions, mangions et dormions sur place, à l’internat de l’établissement. Nous nous sentions comme une famille, et le fait qu’ils nous regroupent dans un bâtiment dédié aux élèves de l’IB nous a tout d’abord bouleversés, mais finalement je pense que c’était une bonne décision. C’est une satisfaction que nous avons pu apprécier avec le temps. Il existe actuellement 25 établissements d’enseignement secondaire d’excellence dans tout le pays, et celui où j’ai étudié est le plus grand.

J’ai été séduit par plusieurs aspects du Programme du diplôme, par exemple, par les projets CAS (créativité, activité, service) et la possibilité qu’ils nous donnaient de faire du volontariat et de nous impliquer dans des problématiques sociales. On nous a dit que nos enseignants seraient des plus qualifiés. On nous a aussi expliqué que nous allions devoir mener un projet de recherche, appelé « mémoire », qui ferait l’objet d’une soutenance et d’une évaluation externe. Enfin, on nous a présenté le cours de théorie de la connaissance (TdC), que seul l’IB propose et dont le but est de cultiver notre ouverture d’esprit. J’ai été attiré par ces spécificités de l’IB et je n’aurais jamais eu accès à tout cela si je n’avais pas suivi le Programme du diplôme. Je me suis donc fixé comme objectif d’être accepté dans le Programme du diplôme pour pouvoir bénéficier du meilleur enseignement.

Les mathématiques ont été pour moi l’une des matières les plus importantes. Elles m’ont permis d’entrer à l’université avec un bagage solide, car tout ce que nous avions étudié dans le cadre du Programme du diplôme a été approfondi dans les cours de sciences. Ces acquis antérieurs ont facilité mon intégration et mon adaptation à la vie universitaire. Les cours de langue m’ont aidé à mieux me débrouiller grâce aux exposés que nous faisions très régulièrement. Ils m’ont permis de ne plus avoir peur de prendre la parole en public et de développer pleinement mes compétences au-delà des compétences scolaires. En mathématiques, il n’y avait pas que le résultat qui comptait, il fallait aussi être capable de rédiger notre réponse de manière structurée : un juste équilibre entre mathématiques et maîtrise de la langue. Je pouvais résoudre un problème mathématique et je possédais les outils pour rédiger une réponse.

Si je devais donner un conseil aux élèves qui envisagent de suivre le Programme du diplôme, ce serait de ne pas hésiter une seconde. C’est une clé qui vous ouvrira une multitude de portes.

Les enseignants et les élèves étaient soumis à une forte pression. Faisant partie du premier Colegio de Alto Rendimiento à proposer le Programme du diplôme, il fallait obtenir de bons résultats. Nous n’avions pas beaucoup de temps libre, et peu de temps pour les loisirs, mais nous avions des activités sportives. Chaque année, le Colegio Mayor Secundario Presidente del Perú organisait sa célèbre InterHouse, une compétition sportive et culturelle du plus haut niveau. Nous formions des groupes d’élèves avec chacun sa couleur de maison (rouge, bleu, jaune, marron et vert). Puis nous nous réunissions dans une grande fête fraternelle. Je suis convaincu que les InterHouse apportaient un équilibre entre les exigences de l’IB et celles que chacun s’imposait.

Une de mes grandes fiertés est d’avoir obtenu une bourse d’études complète financée par l’État après le Programme du diplôme. Sur les 100 élèves de l’IB, seuls 25 d’entre nous préparions le diplôme, et nous avons réussi. Les autres élèves ont obtenu des certificats de cours. La concurrence était forte pour l’obtention du diplôme, mais par la suite cela m’a permis d’intégrer directement l’Université pontificale catholique du Pérou sans examen d’entrée, ce qui m’a à son tour permis d’avoir un excellent dossier pour obtenir une bourse. Étant titulaire du diplôme de l’IB, j’ai pu obtenir une bourse d’études complète qui couvre l’ensemble des frais d’inscription et de scolarité ainsi que les dépenses personnelles. Actuellement, j’étudie la mécatronique et j’ai beaucoup d’ambitions. Par exemple, je suis convaincu des avantages qu’apporterait l’automatisation de l’ensemencement, de la culture et de la récolte des produits agricoles.

J’ai eu des enseignants très compétents et je leur en suis très reconnaissant. Je pense à Rosario Santos, mon enseignante de théorie de la connaissance. Elle avait une façon particulière d’observer et de penser, nous incitait à voir le monde différemment et nous invitait à nous interroger sur nos idées préconçues. Cela m’encourageait à réfléchir au fait que l’on ne peut pas tout envisager uniquement depuis son propre point de vue, et qu’il existe une infinité d’approches valables et qui sont aussi dans le vrai. Il y avait aussi mon enseignant de mathématiques, Mahurtua Aguilar, et monsieur Iván Yupanqui. Ils m’ont tous deux permis de développer mon amour pour les sciences. Ils ont même joué un rôle déterminant dans le choix de mes études actuelles. Et Norma Pagaza, mon enseignante de langue, qui a été pour moi une fidèle amie et conseillère. La liste des grands professionnels et des personnes qui nous ont accompagnés dans la réalisation de nos objectifs est longue, et notre réussite n’aurait pas été possible sans la passion de chacun d’entre eux.

Je dois beaucoup au Programme du diplôme. Le programme CAS m’a été très utile. Avant, je ne savais pas coudre, tout comme de nombreux autres élèves. Mais nous avons appris et avons cousu des couvertures que nous avons envoyées dans la région de Puno, l’une des plus froides du Pérou. Des enfants y perdent la vie pendant l’hiver. C’est affligeant, certaines familles n’ont pas de quoi se couvrir. Même les animaux meurent, car le sol se recouvre entièrement de glace. L’eau est littéralement gelée. Nous devions agir sans attendre. Nous avons donc cousu des couvertures et les avons envoyées à Puno afin de rendre le froid plus supportable et d’en limiter les conséquences désastreuses. Nous avons également eu l’occasion de visiter des centres d’hébergement ou encore de faire du tutorat auprès d’enfants de plusieurs établissements scolaires.

Le mémoire m’est utile à l’université, car le travail accompli m’aide à définir mes projets d’avenir et mes priorités. Dans le cadre de mon mémoire, j’ai réalisé un projet sur les énergies renouvelables. J’ai axé mes recherches sur les cuisines et les fours solaires. Le fait d’avoir rédigé ce mémoire en fin de cycle du secondaire me permet aujourd’hui d’envisager l’automatisation de l’agriculture ou encore l’installation de panneaux solaires dans des villages qui n’ont pas accès à l’électricité. Cela m’a ouvert des perspectives et m’a amené vers de nouveaux projets.

Tout au long du Programme du diplôme, j’ai développé plusieurs compétences, dont l’ouverture d’esprit, qui est un thème central de la théorie de la connaissance. Depuis ma scolarité à l’IB, je réagis avec tolérance face à des personnes qui ont des opinions très différentes des miennes ; de celles qui ne croient pas en Dieu à celles qui remettent en question des connaissances validées par la science. J’essaie de trouver du sens dans ce qu’elles disent. Je pense que c’est cela avoir un esprit ouvert, à nous ensuite d’assimiler l’ensemble des valeurs et des qualités que nous transmet le programme de l’IB.

Pendant que je préparais le Programme du diplôme, j’ai participé à un concours de robotique au niveau national. Cette aventure m’a un peu détourné des cours. En 2011, nous sommes allés aux Pays-Bas pour représenter le Pérou à la First Lego League (FLL). Il y avait les cours et j’étais en plein milieu des évaluations du Programme du diplôme quand j’ai dû m’absenter. J’ai donc pris du retard, mais mes enseignants m’ont soutenu. À un moment, j’ai même songé à tout arrêter et à abandonner le Programme du diplôme parce que je n’arrivais pas à rattraper mon retard par rapport à mes pairs dans les différents cours, ni à satisfaire aux exigences, mais, finalement, j’ai chassé cette idée de mon esprit et j’ai continué. Le Programme du diplôme a été un véritable atout pour mon avenir : il m’a appris à persévérer et à ne jamais renoncer à mes idéaux.

Si je devais donner un conseil aux élèves qui envisagent de suivre le Programme du diplôme, ce serait de ne pas hésiter une seconde. C’est une clé qui vous ouvrira une multitude de portes. Je ne m’imagine pas sans ce diplôme. Où serais-je aujourd’hui ? Aurais-je obtenu la bourse grâce à laquelle je peux poursuivre mes études ? Aurais-je intégré l’université numéro un du Pérou ? Je ne sais si tout cela serait arrivé. Mais grâce au Programme du diplôme, c’est devenu possible. N’hésitez pas une seconde ! Vous développerez une multitude de compétences qui pourront vous surprendre. Vous comprendrez qu’étudier n’est pas tout, et que vous devez aussi tendre la main à ceux qui n’ont pas la chance que vous avez. Grâce à vos connaissances, vous devez pouvoir aider à construire un monde meilleur.

 

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