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Diriger par l’exemple

Qu’est-ce que signifie réellement diriger un établissement scolaire ? À qui en incombe la responsabilité ? Découvrez six points de vue différents, recueillis aux quatre coins de la planète, au sujet de la création d’un environnement d’apprentissage efficace et source d’autonomie.

Leading by example

 

La communauté est la clé

Priti Maheshwari, parent d’un élève scolarisé à St John’s-Kilmarnock School (SJK), Ontario, Canada, et ancien professionnel de l’éducation aux États-Unis

Lorsque j’arpente les couloirs de la SJK maintenant que je suis parent d’élève, il y a une chose qui me frappe : le service communautaire. Qu’il s’agisse d’un élève de 1re année qui aide un plus jeune à porter son cartable ou d’un élève de 6e année aidant son enseignant à apporter du matériel en classe, des dirigeants empreints de compassion sont en train de s’épanouir sous nos yeux. La SJK propose de nombreux programmes pour encourager ses élèves à devenir des dirigeants empreints de compassion. Des structures telles que le Conseil des élèves ou le Comité des droits de l’Homme les aident à se forger de solides aptitudes à diriger. Selon le chef d’établissement Norman Southward : « Être un bon dirigeant ne consiste pas seulement à s’occuper des élèves, il faut également apporter quelque chose en retour à la communauté, identifier ses besoins et être prêt à faire face aux imprévus. Cette démarche apprend aux élèves à avoir une vision d’ensemble et à consacrer le temps nécessaire pour que leurs initiatives aient un impact bénéfique ».

Par exemple, les élèves du deuxième cycle secondaire peuvent participer au programme « Cinq Mondes » proposé par la SJK. À travers ce programme, ils explorent, rendent service et exploitent leurs aptitudes à diriger dans différentes régions du monde en essayant de résoudre des problèmes à l’échelle locale, nationale et internationale. Ceux qui choisissent de partir en Chine exploreront la culture et les traditions asiatiques tout en apportant leur aide aux communautés rurales. Ceux qui optent pour l’une des destinations dans un pays en développement traverseront alors les montagnes népalaises pour participer à la construction d’une école ou s’envoleront vers le Kenya pour prendre part au programme Kenya Outreach.

« Les programmes de l’IB encouragent le développement des aptitudes à diriger à travers la recherche de l’équilibre et l’engagement dans d’autres aspects de la vie scolaire et communautaire, explique M. Southward. En tant que parent et professionnel de l’éducation, je trouve formidable d’offrir la possibilité à nos enfants d’apprendre "l’équilibre" à l’école. Tous les programmes scolaires devraient viser à former des dirigeants, mais nous devrions tous œuvrer pour former des dirigeants empreints de compassion. »

 

Aux enseignants de prendre place

Daniel Todd, Doyen des études et admissions, International School of Uganda (ISU), Kampala, Ouganda

Investir dans la direction est un facteur clé pour contribuer au développement et à l’évolution des écoles du monde de l’IB. De nombreux établissements scolaires internationaux souffrent du taux de renouvellement relativement élevé du personnel qui peut conduire à la perte d’initiatives, de compétences et de connaissances. Former des dirigeants en interne, notamment des résidents de longue date et du personnel local, peut apporter cette stabilité qui fait souvent défaut dans la direction lorsque les membres d’un établissement partent vers de nouveaux horizons.

Offrir des opportunités de direction au corps enseignant n’implique pas nécessairement de toucher à la structure ou au budget de l’établissement : il suffit de donner aux enseignants la possibilité de diriger. À l’ISU, nous avons mis en place des équipes de recherche dirigées par divers membres du corps enseignant. Actuellement, trois équipes travaillent sur différents domaines d’amélioration, tels que les compétences de réflexion, la documentation de l’apprentissage ou la planification collective des unités de travail. Ces équipes se réunissent tous les mois pour mettre en commun leurs résultats et planifier les recherches. Permettre aux enseignants de diriger ce type d’équipe développe leurs aptitudes à diriger et améliore leur compréhension des différents aspects des programmes.

Un autre domaine d’amélioration concerne les rôles de direction confiés aux équipes d’enseignants assistants. Nous avons récemment mis en place un deuxième groupe d’assistants que l’on a appelé « Enseignants assistants ». Ils assument un rôle de direction auprès de leurs collègues et occupent une place centrale dans le programme d’information destiné aux établissements scolaires partenaires de l’ISU, qui vise à partager les pratiques d’enseignement avec quatre écoles locales et à ouvrir des possibilités de service communautaire. Les enseignants assistants se rendent dans ces établissements et leur proposent des stratégies simples pour approfondir la réflexion et stimuler la recherche au sein même du système éducatif local. Chaque semestre, les enseignants des établissements partenaires participent à des ateliers animés par les enseignants assistants de l’ISU.

Créer des opportunités de direction permet aux membres du corps enseignant de devenir des experts en la matière, tant sur le plan théorique que pratique, et d’améliorer leurs aptitudes à diriger leurs collègues. Une équipe de direction efficace permet de former des dirigeants en interne, ce qui permet par la suite d’améliorer la compréhension et la viabilité des programmes.

 

Les élèves mènent la danse

Diego Zaragoza Tejas, Doyen de la section primaire, The American School Foundation (ASF), Mexico, Mexique

À l’ASF, la direction peut prendre différentes formes : des enseignants qui orientent l’apprentissage des élèves aux membres de l’équipe de direction qui apportent leur soutien aux styles d’enseignement. Ce sont des pratiques courantes dans les établissements scolaires du monde entier, et pourtant nous négligeons souvent un mode de direction qui figure parmi les plus efficaces et les plus respectés des élèves : la direction des élèves par les élèves.

Au début de chaque année scolaire, la fièvre du « Conseil » s’empare de tous nos élèves. Bien que la section primaire compte plus de 1 000 inscrits, les élèves n’hésitent pas à prendre des risques et à faire acte de candidature pour décrocher une place au Conseil : ils axent leur campagne sur l’organisation en « maisons » de la section primaire, identifient des domaines d’amélioration et se concertent pour trouver des solutions qui leur permettront d’apporter les améliorations nécessaires. Le processus électoral est très vivant : les élèves se rassemblent par « maison » pour écouter les propositions des candidats. Nous souhaitons que nos élèves comprennent qu’ils font partie d’une communauté favorable au changement dans laquelle leurs efforts sont remarqués. Comme l’explique Diego Cortes, élève de 5e année également membre du Conseil : « Les élèves croient parfois que seuls les enseignants ont leur mot à dire, mais nous aussi, nous avons le droit de donner notre avis. Et à plus forte raison ceux qui prennent des risques pour favoriser la culture scolaire. »

À mesure que l’année avance, nos élèves deviennent ambassadeurs du changement et contribuent à différentes activités. Nos élèves de 4e et de 5e années font partie d’un groupe de médiation qui tente de résoudre les conflits entre élèves et de les aider à être plus confiants et à prendre position lorsqu’ils doivent faire face à l’adversité. De plus, ils gèrent eux-mêmes le budget alloué aux activités des élèves qui leur permet d’organiser des activités éducatives, culturelles et amusantes au sein de l’établissement. Nos élèves ont participé au programme de recyclage de l’ASF et à l’élaboration du programme de bourses d’études. Ils montrent par ailleurs l’exemple en se comportant comme des citoyens du monde. Grâce à cette possibilité de direction, ils s’engagent sur la voie qui leur permettra de devenir de meilleurs communicateurs et des dirigeants équilibrés.

 

Convaincre les réticents

Mary Laudien, ancienne directrice, West Bay Elementary School, West Vancouver, Canada

En 2005, West Bay Elementary était promise à la fermeture si aucune mesure n’était prise pour redorer l’image de l’établissement. Aujourd’hui, West Bay est une école du monde de l’IB qui dispense le PP, atteint sa capacité d’accueil maximale et jouit d’une réputation irréprochable. En novembre de l’année dernière, lorsque j’étais encore directrice, j’ai participé à un atelier de l’IB consacré à l’évaluation de la mise en œuvre du programme en préparation de l’évaluation organisée trois ans après l’obtention de notre autorisation. En parcourant le manuel des participants à l’atelier, je suis tombée sur le CBAM (Concerns-based Adoption Model), un modèle d’adoption basé sur les préoccupations sur lequel notre établissement s’était appuyé lors de son processus d’autorisation. Je me suis alors dit que d’autres établissements aimeraient peut-être en savoir un peu plus sur le CBAM et sur la façon dont il nous avait aidés dans notre démarche.

Pour appliquer ce modèle à notre processus d’autorisation, nous avons tout d’abord mis sur pied une équipe de direction (constituée de la directrice de l’établissement, de son adjoint, d’un enseignant de primaire et d’un enseignant de premier cycle secondaire) pour les trois premières années. Ainsi, au lieu d’avoir un coordonnateur du PP dès le départ, les responsabilités étaient partagées entre plusieurs personnes. En tant que dirigeants, nous devions nous montrer visionnaires et identifier la communauté d’apprentissage qui nous permettrait de préparer au mieux nos « futurs citoyens ». À ce titre, il était essentiel de communiquer et de promouvoir efficacement cette vision : nous étions disposés à partager nos responsabilités avec les différentes parties concernées, telles que les administrateurs, les enseignants, les parents et les élèves. Nous nous devions de faire preuve de respect envers tous nos interlocuteurs et de nous montrer compréhensifs vis-à-vis de leurs craintes, de leurs doutes et de leurs capacités.

Lorsque nous avons abordé le concept de « changement », le niveau de stress a augmenté, tout comme le taux de rejet initial, ce qui était inévitable. C’est là qu’est intervenu le CBAM, ce cadre qui permet aux enseignants de suivre leurs progrès tout au long du processus de changement. À travers ses sept étapes, de la prise de conscience initiale à la mise en œuvre de nouvelles méthodes d’apprentissage en passant par la collaboration, ce modèle permet de mieux comprendre où nous en sommes et vers quoi nous nous dirigeons. Par nature, tout changement se heurte à des résistances, et dans les moments difficiles, les différents interlocuteurs font parfois preuve de mécontentement. Il faut des dirigeants forts pour garantir que leurs propositions sont justifiées et qu’elles auront des effets positifs. Notre expérience a montré que même l’enseignant le plus réticent peut faire les bons choix pour ses élèves lorsqu’il est encouragé et que ses efforts sont reconnus. Les sept étapes de ces préoccupations et la manière d’y remédier sont expliquées dans le livre Taking Charge of Change, de Hord, Rutherford, Huling-Austin et Hall (ASCD, 1987). Le CBAM est un modèle de changement éprouvé qui permet aux établissements scolaires de mener à bien la procédure qui leur permet de devenir des écoles du monde de l’IB.

 

Commencer dès le plus jeune âge

Mary Collins, directrice de la section élémentaire, chef d’établissement adjoint et coordonnatrice du PP, Bandung International School (BIS), Indonésie

À la BIS, la direction commence dès le plus jeune âge. Nous pensons que le fait d’avoir des élèves efficaces dans leurs rôles de dirigeants est signe d’une équipe de direction de qualité au niveau de l’établissement scolaire. Les élèves de 5e année, dont le rôle de modèles pour tous les élèves du cours élémentaire est souligné dès le début de l’année scolaire, sont encouragés à assumer un rôle de dirigeant au sein du Programme primaire. Ils comprennent qu’au PP, les élèves apprennent à faire le choix d’agir et à réfléchir aux conséquences de leurs actes, de telle sorte qu’ils contribuent à leur propre bien-être et à celui de la communauté.

Au début de l’année, les élèves de 5e année ont participé à la promotion de la campagne de collecte d’aliments organisée pour le ramadan en encourageant les plus jeunes à apporter des denrées alimentaires destinées à être distribuées à la population locale en vue de l’Idul Fitri (fête musulmane marquant la fin du ramadan). Après la rupture du jeûne, il était temps de songer sérieusement à la question de la direction. À titre d’exemple, nous nous sommes tournés vers des dirigeants tels que Kimmie Weeks et Greg Mortenson, et nous avons identifié ce qui les rendait si particuliers. Puis, les élèves, préalablement répartis en plusieurs groupes, ont dressé la liste des neuf qualités essentielles chez un dirigeant efficace. Ils ont ensuite réfléchi aux problèmes que rencontrent les élèves en cours élémentaire et ont essayé de trouver des solutions pour les aider. Un groupe a décidé de créer un club d’aide aux devoirs pour aider les plus jeunes en leur enseignant notamment des stratégies de travail destinées à faciliter leur devoirs. Un autre a décidé d’aider les élèves éprouvant des difficultés à se faire des amis en leur apprenant, par exemple, à partager, et un troisième a voulu s’attaquer au problème des déchets. Ces élèves ont rapidement réalisé qu’ils devraient utiliser bon nombre des savoir-être du PP, à savoir l’engagement, l’empathie et la tolérance, pour n’en citer que quelques-uns.

Lorsqu’ils ont commencé à planifier leur projet de direction, les groupes d’élèves ont dû établir un calendrier et se fixer des objectifs. Ils devaient réfléchir à une méthode qui leur permettrait de mesurer la réussite de leur projet, par exemple en fonction de leurs observations ou des commentaires reçus. Ils devaient également effectuer les recherches nécessaires et nommer une personne chargée d’assurer le suivi du projet. Certains projets impliquaient une collecte de fonds, ce qui exigeait une planification d’autant plus rigoureuse. Enfin, les élèves devaient envisager d’éventuels problèmes et suggérer des solutions.

Tout au long de l’organisation et de la mise en œuvre de ces projets, les élèves ont développé leurs aptitudes à diriger et ont amélioré leurs savoir-faire sociaux et leur savoir penser. Toute l’école élémentaire a bénéficié de leurs projets, et les plus jeunes peuvent désormais regarder les élèves de 5e année comme des modèles et des dirigeants efficaces.

 

Encourager les jeunes leaders

Peter Dumortier, directeur adjoint, Anglo-Chinese School, Singapour

L’Anglo-Chinese School (Independent) de Singapour dispense actuellement le Programme du diplôme à plus de 900 élèves. Quarante d’entre eux ont été choisis par leurs camarades pour former le Conseil des élèves. Ils sont élus pour un mandat d’une année durant laquelle ils prennent part à tous les aspects du développement des élèves.

Pour former ce Conseil des élèves, l’établissement scolaire s’appuie sur la déclaration de mission de l’IB afin de stimuler ces dirigeants en herbe et de les aider à s’épanouir. Ils sont encouragés à proposer et à entreprendre des projets susceptibles de contribuer au bien-être de la communauté, que ce soit au sein de l’établissement ou en dehors.

L’un des principaux objectifs du Conseil des élèves est de favoriser l’harmonie et les progrès dans l’établissement en jouant un rôle d’intermédiaire entre le personnel de l’établissement et les élèves. L’enthousiasme et la passion manifestés par les élèves du tout premier Conseil ont permis d’étendre sa portée au-delà de la communauté scolaire.

Motivés par les activités CAS requises au Programme du diplôme, le Conseil des élèves se met régulièrement en quête de projets qui pourraient permettre à tous les autres élèves de s’engager dans le service communautaire. Cette année, leurs contributions les plus remarquables se sont traduites par deux programmes de tutorat : le premier met nos élèves en relation avec des enfants défavorisés du pays (dans le cadre de l’initiative baptisée Project Impact, en collaboration avec une ONG locale, Beyond Social Services), et le second permet à nos élèves d’œuvrer auprès des communautés nécessiteuses à l’étranger (« Parrainer un enfant », en partenariat avec l’ONG internationale Vision du Monde). En outre, ils sont régulièrement appelés à galvaniser le reste de l’école pour aider les victimes de catastrophes naturelles dans le monde, souvent sous la tutelle de la Croix Rouge de Singapour et de l’organisation humanitaire Mercy Relief. Ils ont notamment organisé plusieurs collectes de fonds, l’une pour Haïti et deux autres au profit des victimes du séisme qui a eu lieu en Chine début 2010. Mais la plus grande réussite de l’établissement se traduit probablement par le fait que les élèves ne se contentent plus de faire ce que l’on attend d’eux dans le cadre des activités CAS requises, mais se préoccupent sincèrement de la communauté, et ce de façon durable.

Le point culminant de ce Conseil réside dans la planification et l’organisation d’un « sommet régional des jeunes dirigeants ». Ce forum de trois jours destiné à la jeunesse permet aux membres du Conseil des élèves de mettre en pratique tout ce qu’ils ont appris durant leur mandat en réunissant des participants provenant de notre établissement scolaire et de l’extérieur. Le sommet est une plate-forme qui permet à ces dirigeants en herbe de laisser leur empreinte dans le monde qui leur est transmis en héritage. Alors que le 5e Conseil des élèves prépare actuellement l’édition 2011 du sommet des jeunes dirigeants, nous continuons à œuvrer pour une plus grande responsabilisation et un plus grand engagement des élèves, dans l’espoir de former les dirigeants de demain.